Congrès » Section Thématique 28 - Congrès AFSP - Session 2 » Dimensions non majoritaires de la démocratie

Dimensions non majoritaires de la démocratie

La démocratie ne peut être identifiée au règne sans limites de la majorité. Cette idée est largement acceptée dans le domaine constitutionnel: la volonté majoritaire ne doit pas menacer les bases de l'ordre politique et  les droits fondamentaux. Cette contribution  explore les critiques du « majoritarianisme » qui ont été  développés au-delà de ce domaine consensuel. Dès le début du vingtième siècle, la théorie de service public a fixé des limites au pouvoir majoritaire dans la délimitation d'une sphère autonome pour les experts et les corporations  à l'intérieur de la bureaucratie.

Le tournant néo-libéral a pris appui sur une critique sévère de la représentation politique  prisonnière de ses liens avec des intérêts particularistes et de ce fait  éloignée dans son action des intérêts généraux de la société: la protection du marché et la sûreté des citoyens ; aussi le public choice préconise l'extension du domaine des institutions non majoritaires.

Depuis Lijphart, l'opposition entre démocratie majoritaire et démocratie de consensus est mobilisée pour célébrer la supériorité de la seconde qui serait mieux à même de conjurer par des compromis les clivages qui menacent la fabrique sociale.

Enfin les analyses cognitives/discursives ont mis en lumière le fossé qui sépare la conduite des politiques des principes avancés par la démocratie délibérative: l'exclusion de certains acteurs, la monopolisation, de l'expertise, la domination de certains paradigmes, autant de phénomènes largement repérés. Ils impliquent une révision de l'analyse des démocraties qui reste encore largement à construire


Limits to majoritarian rule

 

Democracy cannot be identified with an unlimited rule of the majority. This proposition is widely accepted in the case of constitutionnal institution and civil rights :The majoritarian rule is legitimate as long as it does not threaten the constitutionnal order and fundamental rights. This contribution analyses how differents approaches to the policy process have resulted in different critiques of " majoritarianism" following various institutional designs. Majoritarian rule finds its first limits in  its confrontation to the various professions  and  experts   within the public bureaucracies.  The doctrine of the »service public » delineates the autonomous sphere of these corporations. For the public choice  theoreticians representative democracy is vitiated by its excessive sensitivity to particularistics interests ; the solution lies then in the development of non majoritarian  institutions.

Since Liphart   the distinction between majoritarian democraty and consensu democracies has been used to claim the superiority of the latter in  the building of compromise bridging major societal cleavages. Finally the   frame analysis /discursive approaches  illuminate the gap between the principles of deliberative democracy and actual policy processes : the exclusion of stake holders, the monopolisation of expertise, the domination of specific paradigms  also. It demands a new considération of representative democracies  that is yet to be elaborated

 





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Bruno Jobert


Présentation de Bruno Jobert:

Bruno Jobert est directeur CNRS a PACTE. Il s’est attaché à la construction d’une sociologie politique de "l’Etat en action". Dans cette perspective, il a construit avec Pierre Muller un cadre d’analyse des politiques publiques qui fait une large place au jeu des représentations, des référentiels, dans la dynamique des politiques publiques. Ces recherches ont permis de dessiner les contours d’un corporatisme à la française où une forte sectorisation est contrebalancée par la forte emprise d’une élite sur la mise en compatibilité des poiitiques publiques. 

Les recherches comparatives qui lui ont succédé ont permis d’éprouver ce cadre d’analyse dans une conjoncture et des contextes nationaux différents. Elles ont montré que ce qui était en jeu dans ces changements était moins le retrait de l’Etat que sa restructuration et son insertion dans des dispositifs polycentriques. Elles ont débouché sur une approche plus différenciée des forum des politiques publiques et des processus de mise en crise des recettes passées.