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Section Thématique 28 - Congrès AFSP - Session 2

Lieu: Grenoble
Date: 09/09/2009


2eme partie de la section thématique portant davantage sur le thème des pratiques discursives. Une introduction par Philippe Zittoun suivie de 4 interventions de Mathias Delori, Raphaël Ramuz, Barbara Lucas et Bruno Jobert. Benoît Demongeot et Jean-Claude Barbier discutent les 4 papiers et Pierre Muller conclue l'atelier en évoquant un bilan de l'approche cognitive. 




Les interventions des chercheurs lors de cet congrès

Philippe Zittoun

Introduction : Discours et Politique Publiques, comment faire le lien ?





Mathias Delori

La construction discursive de l'entente et du différend dans les politiques publiques.

Dans ce papier, je défends l'idée que le tournant « discursif » - i. e. le regain des discussions autour des notions de discours (V. Schmidt), de récits de politiques publiques (C. Radaelli) ou encore d'énoncés (P. Zittoun) - dans l'analyse des politiques publiques permet d'apporter un regard neuf et stimulant sur une question centrale de la sous-discipline : comment des acteurs aux intérêts hétérogènes en viennent-ils à se « coordonner » (V. Schmidt) autour d'une politique publique ? A l'instar de B. Palier, je défends la thèse que les acteurs s'appuient sur les ambiguïtés du langage naturel pour taire leurs différences. Je radicalise l'argument en montrant que les acteurs peuvent aussi mobiliser le langage pour fabriquer des différends improbables finissant par faire voler en éclat la politique publique : des acteurs aux intérêts sensiblement proches peuvent mettre en scène une « guerre des dieux » (Weber) en convoquant ce que L. Boltanski et L. Thévenot ont appelé des « grandeurs » incommensurables. L'argumentation s'appuie sur l'étude longitudinale - de 1930 à nos jours - des interactions (ententes et mésententes) autour d'un instrument d'action publique : la mise en relation des jeunes Français et Allemands.


Discourse as a vehicle of understanding and disagreement in public policies. A longitudinal analysis (from 1930 until now) based on the policy instrument of the Franco-German youth meetings

 

In this paper, I argue that the « discursive turn » in policy analysis - i. e. the rise of approaches in terms of "discourse" (V. Schmidt), "policy narrative" (C. Radaelli) or "énoncés" (P. Zittoun) - sheds  new light on a central issue of the field: the "coordination" (V. Schmidt) of actors with different interests around a single policy. I state, like B. Palier, that actors use the ambiguities of natural language in order to remain silent on their differences. I pursue this line of reasoning further and show that actors can also use language to build unlikely disagreements which end up shattering the public policy: actors with noticeably similar interests can refer to incommensurable "greatnesses" (L. Boltanski et L. Thévenot) and launch what Max Weber beautifully called a "war of gods". The argumentation relies on the longitudinal study - from 1930 until now - of the interactions (agreements and disagreements) around a policy instrument: the meetings of French and German young people.

 





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Barbara Lucas

Politiques publiques et analyse de discours, Le chaînon manquant.

Depuis une vingtaines d'années, de nouvelles approches tentent de saisir le rôle des idées dans l'élaboration et la transformation des politiques publiques - approches des advocacy coalitions, approche française du « référentiel », approches délibératives par exemple. Parallèlement, l'analyse de discours gagne en influence dans le champ des sciences sociales et nombre de ses travaux empiriques adressent aujourd'hui le politique. Pourtant, le fossé subsiste entre ces deux traditions qui  -curieusement- communiquent rarement. Cet article identifie ce qui constitue un "chaînon manquant" entre ces courants et, à partir d'exemples concrets, souligne l'intérêt de la Nouvelle théorie du discours pour une approche discursive des politiques publiques. La première partie montre que dans les approches "cognitives" des politiques publiques, le discours reste sous-conceptualisé en tant que dimension constitutive des politiques. La seconde partie présente trois apports de la Nouvelle théorie du discours en vue de fonder une analyse discursive et comparative des politiques publiques: en premier lieu, cette théorie propose un concept de discours pragmatique permettant de relier étude du langage et action; par ailleurs, elle permet de théoriser des rapports de pouvoir intra discursifs; enfin, elle nous aide à déplacer l'attention du contenu du discours à ses conditions de possibilité. Ces points seront illustrés par le cas des premières politiques anti-alcooliques en Europe.


Public policy and Discourse analysis: The missing link.  The case of alcohol policy.

Over the last years, there has been a renewed interest in the influence of the role of ideas in the elaboration and transformation of policies – i.e. the “advocacy coalition” approach, the French approach of “référentiel” and deliberative approaches. Meanwhile, discourse analysis has become increasingly influential and visible in social science research and number of its empirical contributions focus on politics. Yet, curiously enough, these two traditions rarely communicate. This paper identifies the “missing link” between them. Using empirical material, it points out the value of the New Discourse Theory for a discourse analytical approach to public policy. The first part of the paper shows that the main “cognitive approaches” of public policy rely on an under-conceptualised notion of discourse that does not take into account discourse as a constitutive dimension of policy. The second part discusses three contributions of the New Discourse Theory: a pragmatic concept of discourse that links language and action; a theorisation of intradiscusrive power relations; a conceptual shift from a focus on the content of the discourse to its conditions of possibility. This elements will be illustrated by the first European alcohol policies.

 





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Raphaël Ramuz

Une solution « interne » aux apories de l’approche cognitive des politiques publiques

L'objectif de cette contribution est d'esquisser les apories tant ontologiques qu'épistémologiques auxquelles sont confrontées les approches cognitives des politiques publiques (AC). Il nous semble effet que, malgré ses apports heuristiques considérables sur le plan opérationnel, ce type d'approche montre des limites au niveau abstrait. Néanmoins, nous pensons qu'il est possible de dépasser ces limites en réactivant la "parenté gramscienne" revendiquées par certains tenants de l'AC. Dans un premier temps, nous proposerons une présentation critique des AC, en particulier l'approche en termes de Référentiels. Nous évoquerons ainsi trois problèmes qui touchent aux concepts fondamentaux de cette approche: l'analyse du rapport global-sectoriel (RGS) et du changement ; la conception du rapport structure/agent et nous nous arrêterons sur une question essentielle et largement débattue depuis le "tournant discursif", celle du statut des "idées" et du "discours". Nous tenterons ensuite de montrer en quoi la réactivation de la référence à Gramsci peut apporter des solutions à ces différents problèmes. Pour cela nous nous appuierons sur la Cultural Political Economy et la Critical Discourse Analysis, car ces approches neo-gramsciennes abordent de manière plus systématique les questions abstraites qui constituent le point aveugle des AC. Nous reprendrons les trois problèmes présentés dans la première partie et esquisserons les apports de ces approches dans chacun des cas.


An inner Way out of the Aporias of French Cognitive Approach to Policy Analysis? Taking seriously the gramscian reference.

 

This contribution aims to present the ontological and epistemological aporias of the french cognitive approach (AC) to policy analysis. Our contention is that, despite undisputable achievements as a heuristic set of tools, this approach suffers fundamental shortcomings when scrutinized at an abstract level. Nevertheless, we think that it might be possible to overcome those shortcomings with the reactivation of the gramscian reference made by some of the tenants of the AC.

Firstly, we will draw a critical sketch of the AC, mainly focusing on Pierre Muller's Referential Approach. This will lead us to a close look at the aporias touching three fundamental points: First, the the relations Global Referential - Sectorial Referential and the process of change. Then, the conception of the structure-agent relations. Finally, we'll analyse an issue that runs across the whole approach and that is largely debated since the "discursive turn": the conceptualisation of discourse and ideas. Secondly, we will try to build an inner way out of those aporias by strengthening and deepening the gramscian reference of the AC. This will be done by taking Cultural Political Economy and Critical Discourse Analysis as examples of (neo-)gramscian approaches that deal more systematically with the abstract issues that are the Achilles' heel of the AC. We will then review the contribution those approaches could make to the solution of the aporias we exposed in the first part of the contribution.


 





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Bruno Jobert

Dimensions non majoritaires de la démocratie

La démocratie ne peut être identifiée au règne sans limites de la majorité. Cette idée est largement acceptée dans le domaine constitutionnel: la volonté majoritaire ne doit pas menacer les bases de l'ordre politique et  les droits fondamentaux. Cette contribution  explore les critiques du « majoritarianisme » qui ont été  développés au-delà de ce domaine consensuel. Dès le début du vingtième siècle, la théorie de service public a fixé des limites au pouvoir majoritaire dans la délimitation d'une sphère autonome pour les experts et les corporations  à l'intérieur de la bureaucratie.

Le tournant néo-libéral a pris appui sur une critique sévère de la représentation politique  prisonnière de ses liens avec des intérêts particularistes et de ce fait  éloignée dans son action des intérêts généraux de la société: la protection du marché et la sûreté des citoyens ; aussi le public choice préconise l'extension du domaine des institutions non majoritaires.

Depuis Lijphart, l'opposition entre démocratie majoritaire et démocratie de consensus est mobilisée pour célébrer la supériorité de la seconde qui serait mieux à même de conjurer par des compromis les clivages qui menacent la fabrique sociale.

Enfin les analyses cognitives/discursives ont mis en lumière le fossé qui sépare la conduite des politiques des principes avancés par la démocratie délibérative: l'exclusion de certains acteurs, la monopolisation, de l'expertise, la domination de certains paradigmes, autant de phénomènes largement repérés. Ils impliquent une révision de l'analyse des démocraties qui reste encore largement à construire


Limits to majoritarian rule

 

Democracy cannot be identified with an unlimited rule of the majority. This proposition is widely accepted in the case of constitutionnal institution and civil rights :The majoritarian rule is legitimate as long as it does not threaten the constitutionnal order and fundamental rights. This contribution analyses how differents approaches to the policy process have resulted in different critiques of " majoritarianism" following various institutional designs. Majoritarian rule finds its first limits in  its confrontation to the various professions  and  experts   within the public bureaucracies.  The doctrine of the »service public » delineates the autonomous sphere of these corporations. For the public choice  theoreticians representative democracy is vitiated by its excessive sensitivity to particularistics interests ; the solution lies then in the development of non majoritarian  institutions.

Since Liphart   the distinction between majoritarian democraty and consensu democracies has been used to claim the superiority of the latter in  the building of compromise bridging major societal cleavages. Finally the   frame analysis /discursive approaches  illuminate the gap between the principles of deliberative democracy and actual policy processes : the exclusion of stake holders, the monopolisation of expertise, the domination of specific paradigms  also. It demands a new considération of representative democracies  that is yet to be elaborated

 





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Jean-Claude Barbier

Discussion par Jean-Claude Barbier





Benoït Demongeot

Discussion par Benoït Demongeot





Pierre Muller