Date: 09/09/2009
Première partie de la section thématique. Après une présentation de la problématique de l'atelier par Philippe Zittoun, Vivien Schmidt fait une introduction sur les spécificité de l'approche francophone. L'atelier continue avec la présentation de 5 communications : Stéphanie Mirouse/Nadine Hascar-Noé, Guillaume Gourgues/Ouassim Hamzaoui, Bertrand Depigny, Sonia Lemettre/Florent Clément et Jean-Claude Barbier. Mathias Delori et Bruno Jobert ouvrent ensuite en discutant les 5 papiers.
Philippe Zittoun
Présentation de la section thématique
Introduction à la première session de l'atelier. Philippe Zittoun revient sur la problématique générale de l'atelier.
Vivien Schmidt
Introduction : existe-t-il une spécificité française de l'Analyse des Politiques Publiques ?
Vivien Schmidt revient sur la "spécificité française" de l'analyse des politiques publiques.
Stéphanie Mirouse et Nadine Haschar Noé
Ethnographie d'un changement municipal. Le cas d'une politique culturelle
Cette communication s'intéresse au récent changement municipal d'une métropole régionale en étudiant, par le biais de l'ethnographie, le cas de sa politique culturelle. Au croisement d'une sociologie de l'action publique et d'une sociologie pragmatique, l'attention se porte sur les « instruments » d'action publique, considérés comme des « analyseurs du changement », afin de saisir les modalités de (re)définition de la politique culturelle locale. Pour cela, deux stratégies d'enquêtes ont été mobilisées : la première auprès des compagnies, pour saisir les effets des aides publiques sur le travail artistique; la seconde auprès des politiques, pour analyser les pratiques d'action publique « en train de se faire ». Depuis 2008 et le basculement vers une politique « de gauche », le renouvellement de plusieurs instruments d'action publique permettent à la fois la rationalisation des décisions et la mise en visibilité de premiers changements. L'exemple du formulaire de demande de subvention nous permet d'illustrer ce propos. Par ailleurs, en considérant le discours politique comme un instrument communicationnel d'action publique, la formalisation du projet culturel nous permet d'analyser la manière dont les élus le mobilisent afin de se positionner dans une logique de changement. Parallèlement, les compagnies, ayant fondé beaucoup d'espoirs sur ce « passage à gauche », se montrent sceptiques, voire déçues, face à ces nouvelles pratiques et à leurs effets sur le changement annoncé.
Ethnography of a municipal change: a cultural policy for example
This study focuses from an ethnographic perspective on a French major city, which, following the last elections, underwent a change in its cultural policy. Mixing sociology of public action and pragmatic sociology, the "tools" of public action are examined as "analyzers of change" in order to identify the conditions for (re)defining the local cultural policy. Two strategies of inquiry have been used: the first with the artistic companies, in order to capture the effects of public endowment on their work, and the second with the politicians, in order to capture public action "in motion", as precisely as possible. Since March 2008 and the transition to a "left-wing"government, the emergence and the renewal of several "tools" for public action allowed decisions to be rationalized and their effects to become visible, as typically illustrated by the new application form for financial subsidy. Assuming that the political discourse is a "communication tool" for public action, the definition of a new cultural project is quite telling as to how politicians make an abundant reference to it in order to take a stance for change. Notwithstanding, in spite of such a "veering to the left", quite promising, artistic companies remain skeptical, or are even deluded by these new policies and their actual effects in the face of the expected ones.
Guillaume Gourgues et Ouassim Hamzaoui
Les politiques publiques comme objet ou problème, Le dilemme de l'« Ecole française » de l'analyse des politiques publiques
Depuis son institutionnalisation aux Etats-Unis, l'analyse des politiques publiques est traversée par un débat récurrent : celui de la relation entre la question du politique et celui du changement. À en croire des auteurs tels que Heinz Eulau ou Hugh Heclo, l'analyse des politiques publiques a tendance à verser dans une posture utilitariste (problem solving), et de négliger, ce faisant, la compréhension du politics. Aussi, force est de constater que la question du politics dans la compréhension du changement des politiques publiques est en effet assez rapidement devenue problématique. Si l'on suit la manière dont fut introduite en France l'analyse des politiques publiques, et tout particulièrement les travaux de Jean Claude Thoenig et Bruno Jobert, on peut comprendre comment cette tension a traversé l'Atlantique de manière très prégnante, donnant au « politique » des définitions radicalement divergentes, et des places différentes dans l'analyse des politiques publiques. Considérer les politiques publiques comme objet ou comme problème renvoient à deux manières distinctes de faire de l'analyse des politiques publiques : d'un côté, elles n'ont que le statut d'objet au service de « la question du politique » et de la compréhension des changements affectant l'ordre politique, de l'autre, les politiques publiques sont considérées comme un problème à part entière dont la « résolution » éclaire ce qui permet ou empêche le changement, et le politique n'est plus qu'une variable parmi d'autres.
The public policies, object of study or problem? The dilemma of the public policy analysis « French school »
Since its institutionalization in the United States, public policy analysis has raised a recurrent question: the relation between change and politics. Following scholars such as Heinz Eulau or Hugh Heclo, public policy analysis could adopt a utilitarian approach (problem solving), which threatens to neglect the study of politics. Then, it seems obvious that the question of politics has become quickly a problem. Observing the way that the public policy analysis was brought to France, especially through the works of Jean Claude Thoenig et Bruno Jobert, it is possible to understand how this tension has well crossed the Atlantic, giving to "politics" antagonistic definitions and places in the frame of public policy analysis. To consider public policies as an object of study or a problem corresponds to two different way of doing public policy analysis: on the one hand, they are only a way of understanding the "question of politics" and the change which regards the political order, on the other hand, the public policies are considered as a full-fledged problem, whose resolution compel to understand what reduce or favour the change, whose politics is just one element among others.
Bertrand Depigny
L'Agence nationale pour la rénovation urbaine : du discours aux idées
Depuis une trentaine d'années, la politique de la ville mobilise des dispositifs institutionnels pour tenter d'éviter la marginalisation de certains quartiers « défavorisés » situés à la périphérie des grandes villes. Ces dispositifs ont eu en charge le traitement des volets « urbain » et « social » des programmes d'action publique développés sur ces territoires. En 2003, la création de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine consacre une double rupture dans la conception de la politique de la ville. D'une part le traitement des volets urbain et social se trouve scindé en deux et d'autre part un dispositif de gouvernement de type « agence » détaché du ministère en charge du volet urbain est créé ex-nihilo. Cet article se fixe pour objectif de rendre compte de la capacité des acteurs impliqués dans ce processus à produire un discours sur le changement et par ce discours, à créer les conditions réelles du changement. Plus précisément, il s'agira de comprendre comment les acteurs ayant participé à la création de cette agence produisent un discours mobilisant un répertoire d'action néo managérial qui permet l'utilisation d'un dispositif de gouvernement de type « agence ». A travers l'analyse du discours de ces acteurs, ce sont les processus d'élaboration des conditions du changement de management de la politique publique de rénovation urbaine qui seront explicités.
The French national agency for urban renewal: from discourse to ideas
For about thirty years, French social urban policy has used institutional tools in order to stop the marginalization of many socially deprived areas located in the main towns suburbs. These tools are designed to take action on the "urban" and "social" sides of the policy programs developed on these areas. In 2003, the creation of the National agency for urban renewal established a double rupture in the conception of this public policy. On the one hand, the implementation of urban and social aspects of the social urban policy was split into two, and on the other hand a government agency separated from the ministry in charged of the urban aspect was created ex-nihilo. The aim of this article is to shed light on the ability of the actors to produce a discourse on the change and, by this discourse, to create the real conditions of the change. More precisely, we will try to understand how the actors involved in the creation of this agency could produce a discourse that mobilized a neo managerial set of actions which implied the use of a tool of government agency. Through the analysis of the discourse of theses actors, we will try to make clear the building of the change for the urban renewal public policy.
Sonia Lemettre et Florent Clément
Le discours change-t-il une politique publique ? Les transports à l'épreuve du développement durable
L'objet de ce texte est de s'intéresser à la question du changement dans les politiques publiques à travers deux terrains de recherche dans le champ des transports, à savoir la politique autoroutière française et la politique de fret ferroviaire en France et en Allemagne. Elles présentent comme points communs d'êtres soumises à un changement radical dans les discours avec le développement de l'usage du concept de développement durable. Dans ces deux cas, la mobilisation de ce concept structure aujourd'hui, non seulement les discours officiels, mais aussi l'ensemble des « discussions » comme celles qui peuvent avoir lieu en groupe de travail, voire certaines discussions personnelles entre les acteurs. Il apparaît que les transformations de ces discussions s'accompagnent de certains changements dans les politiques publiques, ce qui permet de penser que l'existence d'un lien entre ces deux constats peut être questionnée. A ce titre, l'image qui a longtemps associé le discours à un voile que le chercheur devait lever pour accéder aux « vrais » intérêts ou idées des acteurs mérite d'être dépassée. Ici, s'intéresser au discours revient à comprendre comment les transformations des discussions qui structurent la construction de l'action publique participent, ou non, à un changement de politique publique. Ainsi, les limites méthodologiques d'une telle approche seront précisées et confrontées à l'intérêt qu'elle suscite.
Can discourse change public policy? Transports put to the test of sustainable development
This text tackles the issue of policy change through two fieldworks conducted on transportation, the first one of which concerns French highway policy while the second one deals with rail freight transport policy in France and Germany. In both of them an important change in discourse occurs since the concept of "sustainable development" is used more frequently. Recently this concept started structuring not only official speeches but also a wide scope of "discussions" going from the ones in workgroups to personal discussions between actors. At the same time transformations in these two policies can be noticed. Therefore the link between changes in discussions and changes in policies deserves to be put to the test. To that purpose we consider discourse as a veil of smoke that the policy analyst has to see through in order to discover the "real" interests or ideas of actors. This is done by determining how the transformations of the discussions which structure the construction of policies may take part in a policy change. Furthermore the methodological limits of such an approach will be specified and confronted to the interest it might arouse.
Jean-Claude Barbier
L'absence de la culture politique dans l'analyse de la diversité des capitalismes et des régimes de welfare, comment y remédier
Si le terme « culture politique » est difficile à utiliser, la notion revient constamment sous la plume de la majorité des auteurs, en passant, dans les typologies de welfare capitalism comme dans celles de la « political economy ». Mais, d'un point de vue sociologique, la principale notion retenue est celle, encore relativement imprécise, d'idées (par opposition aux intérêts et aux institutions). L'approche en termes de référentiels, quant à elle, paraît plus précise que celle en termes d'idées. Elle ne fait pourtant aucune référence explicite à des aspects culturels. Plus que l'approche en termes de « paradigmes », sa richesse inclut, au-delà des algorithmes, les valeurs, les normes, mais aussi les images, et leur contenu affectif, ce qui permet, à notre avis, une articulation plus explicite avec une approche en termes de culture politique (le « cognitif » et le « culturel » peuvent être considérés comme proches). Pour les mêmes raisons, la culture politique peut aussi se combiner avec une approche en termes de discours (en particulier dans « l'institutionnalisme discursif » de V. Schmidt). Donner un contenu « culturel-politique » à l'analyse, c'est donc s'éloigner d'une conception du rôle des idées qui considère ces dernières comme des « paradigmes », des ensembles de propositions rationnelles (à validité universalisante) qui constituent en quelque sorte une base algorithmique de construction des politiques publiques ; cela permet de rendre à ces politiques une épaisseur plus grande en les contextualisant. Le concept de culture politique étant extraordinairement polysémique, il s'agira de s'armer d'une définition précise, articulant des valeurs, des pratiques et des institutions, repérées par une pratique d'enquête spécifique, de type « ethnographique ». La communication est liée à l'analyse comparative menée en Europe qui a fait l'objet de la publication, en 2008, de La longue marche vers l'Europe sociale, PUF, coll. Le lien social.
Could the concept of « political culture » fit in the analysis of the diversity of capitalism?
Because of its extreme polysemy, the concept of 'political culture' has tended not to be used by many of us; however, most social scientists analysing the diversity of capitalism and welfare regimes still mention political culture, en passant, in their work. Political culture is also mentioned by 'discursive institutionalists' (V. Schmidt), but it does not tend to be an explicit variable in her analysis. One of the advantages of the 'référentiel' approach (Jobert and Muller) is that it goes beyond "paradigms" to include, not only the rather vague notion of "ideas", but values, norms, algorithms and even images (that bear an affective colour). We propose to complement the référentiel and the 'discourse' approaches by linking them explicitly to the concept of political culture. The goal is to try and find a more precise notion of what is generally addressed as 'cognitive' when we analyse policies and regimes. The introduction of culture could in my view use the advantages of ethnographic field work and bring a 'thicker' description of the role of "ideas". The presentation is based on the comparative analysis in Europe which was the basis for the publication in 2008, of La longue marche vers l'Europe sociale, PUF, coll. Le lien social.




